Une vie de solitaire

21/12/2018 de admin8377

S’il y’a un adjectif pour qualifier la vie des chibanis, ceux qui ont fait le choix de rester en France, mais également, une partie de ceux qui ont préféré retourner au bled, c’est la Solitude ou la Misère affective. Et cela ne date pas de leur départ à la retraite.

Arrivés en France jeunes, parfois très jeunes, ils ont laissé femme, enfants, frères et soeurs et parents. Arrachés à une vie sociale très intense et collectivement solidaires, où la personne compte double: individu et membre d’une communauté villageoise. Ils sont arrivés en France éparpillés sur leurs lieux de travail, et tout est leur étranger: les gens, le matériel qu’on leur confié pour exécuter les taches prescrites, le bâtis, la vie, enfin le pays lui -même, leur est étranger. Et cette langue, lafrançaouiya, tafranciste, ils ne la maitriseront jamais, faute de moyens, de sollicitude, etc…

Ils s’installent dans des petites chambres mansardées, des caves au sous sol des immeubles, à deux, à trois et même plus. Leur quotidien est rythmé. Si pour les parisiens, la devise est métro, boulot, dodo, pour nos ouvriers, futurs chibanis, c’est train, chantier, mansarde. Exit toute vie sociale avec les autochtones. Exit toute vie culturelle. Et bien entendu, pas de vie familiale ni affective.

Retraités, ils continuent à connaître la même solitude, accentuée du fait qu’ils ont renoncé à la vie collective entre eux. Certaines expériences les ont poussé à vivre en solo, dans des chambres d’hôtels meublés ou de Foyers des travailleurs, immigrés, ceux de la Sonacotra, devenus Résidences Adoma

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A gauche: Toute une vie dans un 7 m2, cumul de babioles, de vêtements et cumuls de souvenirs

A droite: Petites retraites grandes précarités hôtels meublés laisser aller in Libération 29/08/2014

Leur quotidien comme retraités est organisé de manière routinière, avec une certaine régularité héritée du temps où ils étaient actifs: se lever tôt, prendre prestement un petit déjeuner, effectuer une démarche administrative s’il y’en a, rejoindre un Café habituel pour siroter un café noir en restant sur place pendant deux à trois heures. Préparation de la gamelle de déjeuner comme au temps du service. A peine le déjeuner avaler et sans sieste de tout, ils se précipitent vers l’extérieur et rejoindre le même établissement, se faire servir la même boisson que le matin rester sur place deux à trois heures, comme au matin, attablé soit individuellement soit entre chibanis.

Tout ce rythme donné au quotidien est destiné à « tuer le temps et briser la solitude », comme ils affirment. La solitude est accompagnée de ce que Tahar ben Jelloun, l’écrivain marocain, a appelé la misère sentimentale et sexuelle, puisque nos chibanis continuent à mener une vie de « zoufri » ou de « tazoufriyte », faux célibataire ou faux célibat, puisque mariés mais séparés de leurs femmes tout au long de leur séjour en France. Aussi il n’est pas rare de voir certains d’entre eux, courir les rues à la recherche de femmes de plaisir.

Vous avez dit chibanis, …